Les troubles alimentaires: des ennemis difficiles à combattre

Vivre avec un trouble alimentaire est un travail à plein temps puisque chaque repas et collations deviennent un problème à surmonter et même que souvent, les occasions spéciales comme les anniversaires et les soupers en famille ou entre ami(e)s le deviennent aussi. Beaucoup ne comprennent pas comment il est possible d’avoir un trouble comme celui-ci; un peu comme si c’était une histoire de licorne, mais je vous assure avec le plus grand “désespou’ère” que c’est bien réel. Il peut s’agir d’anorexie, de boulimie, mais d’autres types de trouble de l’alimentation existent, comme l’orthorexie, l’hyperphagie boulimique et les troubles alimentaires non spécifiés. Ils sont tout simplement moins connus. Ce fut mon cas et voici mon histoire.

J’étais au cégep quand j’ai décidé de consulter pour la première fois. J’allais pas bien du tout, mais comme pas pentoute; l’école me stressait à cette période de ma vie et j’avais l’impression que ça augmentait les effets de mon trouble alimentaire. Je savais que ça durait depuis un bon moment, mais je pouvais pas dire jusqu’où ça remontait cette histoire-là d’avoir de la misère avec la bouffe.

Je me souviens encore de cette soirée-là. J’étais à la maison et j’avais dit à mes parents que j’avais besoin d’aide, que je feelais pas du tout et que j’avais besoin de clarifier ce qui m’arrivait. Mon père m’a alors dit qu’il pouvait m’offrir jusqu’à 6 séances gratuites grâce à l’aide aux employés que son emploi lui permettait. Mes parents ne me comprenaient pas, mais ils m’épaulaient et ça me faisait du bien. On a appelé sur le champs pour que je puisse consulter et quelques jours plus tard, j’avais mon premier rendez-vous.

C’était pas très loin de chez moi, j’ai enfilé mon manteau et mes bottes et je suis parti un peu anxieuse de ce qui allait se passer. Arrivée là-bas, je me suis assise dans la mini salle d’attente et puis une dame est venue me chercher. C’était ma psychologue. J’ai enlevé mon manteau et elle m’a demandé de m’asseoir dans un fauteuil, mais ce n’était pas de ceux qu’on aperçoit dans les films. À cet instant, je me sentais weird. Je  me demandais ce que je faisais là, comment je m’étais rendue là et comment elle allait m’analyser. Mon plus grand souvenir, c’est mes bras croisés. Ha! Ha! Je me rappelais que ça voulait dire que j’étais fermée pis j’essayais de les déplier, mais sans trop savoir quoi faire avec!

La psy a tenté de me mettre à l’aise pour finalement me demander quel était mon problème, pourquoi j’avais besoin d’aide? J’ai tout de suite eu le motton, pis je me suis livré à elle en versant toutes les larmes de mon corps.

Présentement, tu dois te dire : “Mais c’est quoi que la petite Cath avait comme problème?” et bien j’y arrive.

Ce qui se passait c’était que j’avais du mal à manger devant les gens. Je vivais de l’anxiété à chaque fois, que ce soit un souper de famille, un anniversaire, une date, un dîner au centre d’achat, etc. C’est super handicapant comme situation parce que la personne qui vit ça se déconnecte de toutes situations sociales où la nourriture est au rendez-vous et il y a trois repas dans une journée et les gens ont tendance à se retrouver autour d’un repas, tsé! J’ai donc manqué souvent les événements importants et je me suis longtemps sentie mal pour ça. Coupable même..

Cependant, faut comprendre que tous problèmes à une source et il suffit de la trouver pour pouvoir le régler. C’est exactement ça que ma psy m’a demandé de faire: de remonter le temps pour essayer de comprendre ce qui m’arrivait. À travers ce processus, les souvenirs sont remontés et les comportements que j’affichais se sont confirmés.

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Manger devrait être une source de joie et non d’anxiété.

Mes souvenirs contribuant au développement du trouble alimentaire:

  • À la maternelle, on m’obligeait à manger plus que ma faim et ça m’a traumatisé. C’est le souvenir source de mon problème. Mes parents savaient que j’avais jamais eu un gros appétit, mais je mangeais à ma faim. La dame du service de garde avait été avisé par mes parents de ne pas me forcer à manger davantage, mais elle ne les a pas écouter. Résultat, à l’âge de 5 ans, je me sentais brusquée et j’ai développé des stratagèmes de défense. Ce que je veux dire par là, c’est que la petite Catou qui se sentait pleine sans avoir fini de manger, remplissait son berlingot de lait avec ses restants puis le refermait, éparpillant sa bouffe dans son assiette elle devait appeler la dame à chaque fois qu’elle avait fini pour avoir la validation que ce qu’elle avait mangé était respectable.
  • Ensuite, ce traumatisme à fait boule de neige. Je détestais les sorties scolaires à cause des repas, mais les voyages, classes neige et les camps aussi, même plus! J’étais toujours faible lors de ces jours loin de chez moi, je feelais jamais top shape!
  • À mes anniversaires, j’ai remarqué que j’ai jamais le sourire sur mes photos avec mes ami(e)s. Je sais que c’est parce que je pense au gâteau et au lunch qui se préparait. J’adorais le gâteau, mais j’haïssais ça manger le gâteau avec mes ami(e)s.
  • Ensuite, je suis rentré au secondaire où j’ai été malade pendant les 2 premières années. Je devais peser 73Lbs environ. Mes coudes étaient plus large que mes bras. Je faisais des pneumonies à répétition, j’avais mal constamment à la poitrine, alors je m’alimentais pas beaucoup. Les élèves comprenaient pas du tout ce que je vivais et certaines filles me traitaient d’anorexique. Je l’ai tellement entendu souvent que je m’interrogeais des fois si c’était vrai, mais au fond je savais que c’était parce que j’étais malade. Tsé, y a tellement pas de méchanceté au secondaire… Ça m’a amené à me peser, mais de façon à savoir si je prenais du poids pour être dans mon poids santé, chose que je fais encore.
  • Tout mon secondaire, j’ai détesté les dîners. Je mangeais le plus rapidement possible pour sortir de la caféteria, sortir de mon moment de désespoir.
  • Des fois, j’allais magasiner et je suppliais ma mère de pas aller manger à la foire alimentaire. Juste y penser me donnais la nausée, des fois au point d’avoir le cœur qui me lève!
  • J’étais pas capable par la suite d’aller souper au restaurants et je mangeais chez très peu de personnes.
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Ne pas toucher à son cupcake quand tout le monde se régale.

C’est donc mes souvenirs que j’ai raconté à ma psy lors de mon premier rendez-vous. On a analysé mes comportements malsains comme d’inventer des scénarios négatifs avant même la venue des événements, de stresser d’avance à en avoir mal au cœur, d’avoir peur que les gens soient malades, pour peu manger suite à tous ces choses. Elle m’a ensuite donné un devoir; celui de modifier mes comportements en les rendant positifs d’ici notre prochain rendez-vous.

Je m’y suis mise sérieusement et j’ai mis en oeuvre ce positif dans ma vie! Sans être facile, j’ai réussi à m’améliorer. Quand une situation survenait je me disais: “Je vais peut-être rencontrer des gens formidables? Peut-être que ça va être une des meilleures soirée de ma vie ou l’un des meilleurs repas que j’aurai mangé?” Je me sentais plus légère! D’ailleurs, à mon deuxième rendez-vous, j’étais super contente de mon avancée et j’étais heureuse. Cette fois, aucune larme avaient coulées sur mes joues, mais de la fierté sortait de mes yeux!

J’ai continué avec cette vision de positivisme jusqu’au troisième et dernier rendez-vous! J’avais réussi à aller manger au resto cette fois-ci. Bon, ça été tough, j’avais demandé d’être assise à une table précise de manière à être dos aux restes du monde. (La serveuse a dû me trouver louche sur un temps. Ha!Ha!) Au fil de mes consultations, j’avais réussi à changer pour le mieux et je sentais que je pouvais y arriver. J’ai eu des bas quelquefois, dans certaines périodes, suite à mes consultations, mais j’ai réussi à avoir des hauts surtout!  Et, je ne vous mentirai pas, aujourd’hui encore je combat ces pensées par la vision positive, mais je réussi à manger au resto et souvent à part de ça! Même que des fois, c’est moi qui demande d’y aller, alors c’est toute une avancée et je remercie ma belle famille de m’avoir permis d’aimer ces moments au resto et les repas en famille comme je remercie ma famille de m’avoir écoutée et soutenue toutes ces années.

Peut-être que tu lis mon texte et que tu vis la même chose ou quelque chose de similaire, mais saches qu’il y a toujours des solutions et de l’aide de disponible qu’elle provienne de ta famille, de tes ami(e)s ou d’un organisme comme ANEB. Voici le lien: https://anebquebec.com/ Les troubles alimentaires ne sont pas quelque chose de jojo, alors si vous connaissez une personne souffrant d’un trouble alimentaire, aidez la. Vous pourriez faire la différence, car quand j’y pense, la psy a toujours été une oreille pour moi et c’est par moi-même que j’ai changé, alors votre écoute ne peut être de trop!

PS: Cet article est rough un peu.. Je me suis vraiment livré à part entière, mais je tiens à dire que malgré cet obstacle, j’ai eu une très belle enfance remplie de joie au sein d’une famille formidable et d’un cercle d’ami(e)s exceptionnel(le)s.

Catherine R.

2 réflexions sur « Les troubles alimentaires: des ennemis difficiles à combattre »

  1. Très inspirant! Je ne n’ai pas le même problème, mais j’en avec la nourriture d’une façon différente qui me suis depuis assez longtemps. Après avoir lu ce texte très poignant, je me sens capable de changer et améliorer mes habitudes nutritionnelles!

    Continuer comme ça! J’aime beaucoup comment vous écrivez vos article 🙂

    Aimé par 1 personne

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